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Enter the Void

Enter the Void

Enter the Void

note FIL: * * * * *

acteurs : Paz de la Huerta, Nathaniel Brown, Cyril Roy, Olly Alexander

année : 2010

couleur : oui

interdit : - 18

réalisateur : Gaspar Noé

durée : 150

Enter the Void : critique et interview avec Gaspar Noé

En allant assister à la projection presse de Enter the Void, je me suis soudainement souvenu des critiques que le nouveau film de Gaspar Noé avait suscitées lors de sa sortie en France. Sans demi-mesure, elles me promettaient l'enfer. Enter the Void allait-il être aussi choquant que Irréversible, un film « creux », « trop violent », et qui, honte suprême, « donne la migraine » ? Quoi qu'il en soit, je savais de toute façon que cette bombe cinématographique n'allait pas me laisser indifférent...

Enter the Void est un « trip » au-dessus de la ville de Tokyo rythmé par les divagations de l'esprit d'Oscar (Nathaniel Brown), un jeune dealer qui vient d'être abattu. De l'au-delà, il continue de veiller sur sa petite sœur Linda (Paz de la Huerta), fidèle à la promesse qu'il lui avait faite lors du décès de leurs parents. Le récit tourmenté de la vie des deux protagonistes repose sur l'association des concepts de réminiscence et de réincarnation, une fusion du passé et du futur qui bouleverse aussi bien l'espace temps que nos consciences. Le spectateur est en première ligne et subit de plein fouet cette immersion dans un univers psychédélique aveuglément lumineux. Sex, drogue, et dimensions parallèles : bienvenue dans le monde merveilleux de Gaspar Noé. Une véritable claque.

A la manière d'Irréversible, Enter the Void est avant tout une prouesse technique. Entièrement filmé en vue subjective, à travers les yeux d'Oscar, cette œuvre présentée en compétition au Festival de Cannes 2009 vous plonge dans la démente capitale japonaise. Elle donne l'impression au spectateur qu'il est lui-même sujet à un « bad trip », le genre de douloureuse expérience que vous rencontrez après un usage de stupéfiants. En fait, le scénario est structuré sur une succession d'antagonismes. Le sexe et la drogue inondent en permanence la film, sans que l'on puisse savoir lequel des deux est le moteur de cette glauque existence.

Par ailleurs, le contraste est saisissant entre des dialogues creux, amorphes, et le bourdonnement assourdissant vous rappelant en permanence les effets de la drogue. Mais, le plus fascinant – ou insupportable, c'est à vous de juger -, est l'usage des lumières. En effet, alors que l'atmosphère du film est globalement sombre, le spectateur a pourtant l'impression d'avoir été aveuglé pendant 2h30 par une succession de néons et de lumières stroboscopiques. Cet effet visuel, on ne peut plus caractéristique de l'ambiance stressante que recherchait le réalisateur français, est amplifié par le choix de la psychédélique ville de Tokyo.

Comme chacun des films de Gaspar Noé, Enter the Void ne manque pas de susciter la controverse. Le film est-il vraiment trop explicite, trop crû ? Je reconnais que certaines scènes sont tout simplement insupportables. N'appartenant pourtant pas à la catégorie des « spectateurs sensibles », il m'est pourtant arrivé de détourner les yeux pour ne pas avoir à endurer tant d'images choquantes. En fait, on a parfois l'impression de recevoir une overdose, non pas de DMT, mais de violence. Des visages des parents d'Oscar défigurés par un accident de voiture, à la vision « in situ » d'une éjaculation dans un vagin, Enter the Void nous traumatise. Et cette violence n'est pas que visuelle ; elle est aussi morale, psychologique. Le film nous confronte à nos tabous, à ce que nous refoulons le plus. Du complexe d'œdipe à l'addiction aux drogues, le spectateur est parfois submergé par une vague de scènes inacceptables pour notre « bonne conscience ».

Gaspar Noé veut-il nous obliger à baisser les yeux en nous confrontant à ce qui nous dégoûte ? En réalité, les images les plus choquantes sont avant tout des faits (malheureusement) courants, mais qui ne sont pas représentés au cinéma. La représentation de la déchance spirituelle d'un junky est en effet très rare sur le grand écran. C'est donc une croisade contre l'omerta que mène le réalisateur français dans le monde du cinéma. Nous avons beau être une civilisation attirée par le voyeurisme, la violence, nous sommes pourtant choqués à la vue de ce qui est « réel ». Peut-on alors reprocher à Enter the Void d'aborder des sujets que nous avons l'habitude de taire ?

D'un point de vue pûrement esthétique, force est de constater que le film n'est pas du tout agréable à regarder. C'est même une véritable épreuve que d'être confronté pendant 2h30 à l'écran. Vous serez probablement énervés lorsque, à chaque fois qu'Oscar ferme les yeux, l'écran devient noir durant une demi-seconde. Un détail réaliste, original, mais surtout terriblement pénible. Finalement, à la fin du film, un mal de crâne vient vous rappeler que la migraine provoquée par Enter the Void n'a rien à envier à celles de vos lendemains de soirées arrosées. Un vrai « trip », en somme. Par conséquent, même s'il aborde de manière originale et décalée des thèmes aussi fascinants que la réincarnation, le nouveau film de Gaspar Noé demeure bien trop « épileptogène » pour être apprécié. Ceci dit, Kubrick ne choquait-il pas en 1971 avec Orange Mécanique ? Noé est-il de ce fait un génie incompris ? Promis, je trouverai la réponse, d'ici une bonne vingtaine d'année. En tout cas, si le propre des réalisateurs de légende est de susciter la controverse et parfois le dégoût , alors Gaspar Noé est sans aucun doute l'un des plus grands.

Finalement, Enter the Void est un film absolument déconseillé pour toute personne en quête de sérénité, ou recherchant à passer un moment agréable. Il offre néanmoins une vision exceptionnelle de ce qui nous obsède le plus : la vie, ses excès, et ses tabous.

 

Interview avec Gaspar Noé

Après avoir assisté à la projection d'Enter the Void, je me suis demandé comment ce film s'intègre à votre projet cinématographique, composé notamment de Seul contre Tous et Irréversible.

Je pense que Carne et Seul contre tous relèvent d'un type particulier de cinéma, alors qu'Irréversible et celui-ci appartiennent à un genre résolument différent. Dans les deux premiers, il y a des plans fixes, un peu comme des films de Ozon, alors que dans les autres la caméra n'arrête pas de bouger, de flotter, de voler, de descendre. D'ailleurs, Irréversible est un film un peu improvisé suite à un retard de production de Enter the Void, et, du coup, j'y ai appliqué plein de mimiques et d'effets de mise en scène qui étaient prévus pour Enter The Void. Je voulais m'entraîner avec les effets spéciaux sinon je n'aurais jamais été prêt à temps pour le lancement de la production d'Enter The Void. Aujourd'hui, je suis un peu acquitté d'un rêve enfant car, depuis que j'avais entre 18 et 19 ans, je voulais faire un film sur un défoncé qui décède, et où on le voit sortir de son corps et flotter au-dessus des vivants.

De nombreuses transitions psychédéliques évoquant l'au-delà, débutent par une plongée dans des objets. Pourquoi partir du concret, de la matière, pour évoquer l'abstrait ?

Le rêve qu'Oscar fait au moment où il est en train de mourir est structuré tel que Le livre des drogues tibétain décrit la vie après la mort. Je ne suis pas bouddhiste mais je me suis dit que, quitte à faire un film inspiré par les moines tibétains, je devais respecter cette structure dans sa version longue. Ensuite, je me suis demandé comment représenter une dimension supérieure qui aspirerait le personnage vers un monde plus abstrait. C'était une des parties les plus « casse-gueules » du film. La représentation d'un trip sous DMT c'était un risque de s'écraser comme la plupart des films contenant des séquences psychédéliques. En fait, l'idée était de créer un point magique, inspiré d'une nouvelle de Borges, à partir duquel on pourrait voir la Terre entière.

De quelle manière cette recherche de lumière a influencé votre choix de la ville de Tokyo ?

Ancre J'ai pris un peu d'Ayahuasca au Pérou. Cette boisson contient des molécules de DMT et produit des hallucinations très fortes : tu vois des tubes néons. Et ceux de Tokyo, Las Vegas ou Hong Kong font penser aux visions que tu as sous DMT. Après, on s'est même demandé s'il fallait faire le film uniquement avec des tubes néon en 3D, ce que j'aurais souhaité. Mais le film a couté très cher et il a fallu rendre la copie.

 

Sachant que vous avez-vous même réalisé des clips musicaux, comment concevez-vous l'usage des sons et de la musique dans vos films ?

Dans ce film, on parle plus de bande son. En fait, je voulais créer un son rappelant le mal de tête après une nuit de cuite ou de défonce. Tout se mélange, et il n'y a pas de son qui sort du reste. A partir du moment où Oscar s'effondre, il y a une espèce de maelström de sons.

Quand on regarde vos films, le spectacle se déroule aussi dans la salle, avec les réactions des spectateurs. Ces réactions, les provoquez-vous ? Les recherchez-vous ?

Tu sais, les spectateurs, pour moi c'est mes potes, les réalisateurs que j'admire, ma famille....L'idée d'un retour sur investissement c'est une histoire de producteurs. Parmi les films que j'ai le plus aimé la moitié étaient des échecs commerciaux car ils étaient trop en avance sur leur temps. Quoi qu'il en soit, je sais ce que je veux faire en tant que réalisateur, peu importe si j'ai dépassé des limites.

Parfois on a l'impression que vous essayez de créer un rapport de force entre le spectateur et l'image. Par exemple, dans le générique, avec les lumières, ou dans les scènes les plus violentes, recherchez-vous à lui faire baisser les yeux ?

Si je voyais mon film en tant que spectateur, je garderais les yeux ouverts tout le temps, car j'aime bien les stroboscopes dans les boîtes de nuit. Je me suis pas mal défoncé de manière festive dans ma vie, essentiellement à l'alcool, et j'adore entrer dans des dimensions parallèles. J'apprécie donc les films qui te retournent la tête. J'ai vu Avatar, et alors que je ne m'attendais pas du tout à aimer, j'ai adoré. J'ai même pleuré quand ils entrent dans la forêt luminescente. Finalement, on a tous envie de découvrir des univers qu'on ne connaît pas, mais il faut le faire de manière sécurisée.

Comment vos acteurs acceptent de tourner les scènes les plus dures ? Le viol dans Irréversible avec Monica Bellucci par exemple.

Je pense qu'en tant que cinéphile ou actrice c'était un défi pour Monica de tourner une séquence plus forte que Délivrance. Des filles ou des mecs qui ont été violés, j'en connais des montagnes, et je me demandais pourquoi cela n'était jamais représenté de manière correcte au cinéma. Bizarrement, plus c'est proche d'une réalité quotidienne, plus c'est un truc tabou au cinéma. On peut plus facilement faire un film porno avec des sportifs en lieu et place des acteurs. Selon moi, un viol est malheureusement aussi courant qu'un meurtre, et alors qu'il y a des meurtres dans un film sur deux, des viols, il n'y en as pas. Monica et Vincent Cassel, son mari, ont gagné à faire ce film, et moi je suis content d'avoir donné une image du viol plus précise, même si elle est un peu extrême. Dans Enter the Void, la séquence la plus choquante est celle de l'accident de voiture. C'est tragique, mais cela fait partie de la vie. En réalité, mon idée n'est pas tellement de choquer les gens, mais, puisque de toute façon tout le monde sait qu'un film est un artifice, j'essaie de faire en sorte que les spectateurs rentrent quand même dans un état d'hypnose, qu'ils soient « dedans ». Donc des fois je surcharge pour être sûr que l'émotion passe.

Puisque vous dîtes ne montrer que des choses courantes, est-ce que vous avez malgré tout des limites ? Et quelles sont-elles ?

Il y a des limites légales à tout. Je m'arrête à la légalité. Après, la censure est du côté de la production, et des distributeurs, qui ont beaucoup plus de mal à assumer le film.

Vos films suscitent une forte polémique et de nombreuses critiques. Vous en servez-vous pour vos prochains projets à venir ?

Tu sais, plus tu as d'ennemis, plus tu as d'amis aussi ! Il faut juste suivre son chemin et ne pas s'arrêter à ça. Je vais pas chialer pour ça.

Vous avez réalisé des clips en faveur de la lutte contre le SIDA. De quelle manière vos films participent-ils à ce combat ?

Je ne bats pas plus contre le SIDA que contre une autre maladie, c'est juste que je suis un peu terrifié par le SIDA. Pour moi, le sexe c'est plutôt une pulsion de vie, on a tous besoin d'affection, et de préférence de manière sexuelle. De ce fait, associer le rapport sexuel à un danger viral, ça me fait peur. J'étais content de faire des trucs pour l'usage du préservatif. Il n'y a pas beaucoup de choses qui détendent et rendent les gens meilleurs, et le sexe en fait partie.

COMMENTAIRES:

24/03/2015 - 76zitb7mqif a dit :

Ive seen this great australian band from when they settrad with Bon Scott twice and every tour since then with both Razors Edge & both Black Ic...

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