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L'homme du Train
Culture

Patrice Leconte - L'Homme du Train

By No author
19/03/2003


Interview with Patrice Leconte on L'homme du train



It is already very late in the day. I arrive at the hotel where I am meant to meet with both Patrice Leconte and Johnny Halliday.
I am waiting in the lobby someone comes to get me and I am taken outside the room where Patrice Leconte is currently being interviewed by another journalist. I am told that I should cut down on my interview because both Patrice and Johnny are already very tired. I am not delighted to say the least. At last, the other journalist comes out. I am still wondering what sort of man Patrice Leconte is going to turn out to be. After all I remember some of his first films (Les Bronzes - French fried vacation, Viens chez-moi j'habite chez une copine and some more recent ones: Le Mari de la Coiffeuse - The hairdresser's husband, Rue des Plaisirs - Love street) He has more than 20 films to his name and they are all so different. What sort of man can, at the same time, make Les Bronzés and The Hairdresser's husband? I go in.
I am nicely surprised, he is warm and friendly. It's late and he feels like a glass of wine and offers me one. I accept.
I ask him if the interview can start rapidly because I have been informed that he is tired and that I should be quick. He does not appreciate the fact that someone else could have said that without checking with him first and insists I should be given whatever time I need. What a nice man!
 
 
     

The Western Theme



France In London
J'ai vu votre film cet après-midi et je l'ai beaucoup aimé... surtout l'image.
Le thème du Western, on vous l'a certainement déjà dit, revient et en fait le maillon porteur. On le comprend très bien avec Johnny mais moins avec Jean Rochefort. Quand Johnny descend du train, on s'attend presque à voir Clint Eastwood. Pourquoi avoir choisi cet élément porteur ?

Patrice Leconte
On avait dans l'idée de faire télescoper deux personnages qui n'ont rien à faire ensemble, qui sont à l'opposé l'un de l'autre. - C'est déjà pour moi une situation de comédie de faire se rencontrer Johnny Halliday et Jean Rochefort dans un film. - Mais comme on voulait se faire télescoper des gens totalement opposés, on a alors: un professeur de français à la retraite qui a toujours pratiqué l'immobilisme confronté à une forme d'aventurier sans domicile fixe, qui bouge, qui braque des banques. Du coup c'est la direction, le parfum du western, un parfum universel qui représente le mieux l'aventure. Puisque le western, le Nevada représentent les rêveries de cinéma scope et de grand air de ce professeur qui n'a jamais bougé de cette petite ville. - Et pour être tout à fait sincère, il était question de parfum de Western dans le scénario: quand Jean Rochefort se prend pour White Earth devant la glace et quand il essaye de tirer et puis lorsqu'il rêve de Nevada en faisant des puzzles de 3000 morceaux qui représente le Grand Canyon etc.- Bon Bref, mais ça c'étaient des directions de Western qui étaient presque anecdotiques dans les scènes, mais en fait le vrai parfum très fort de western qui est dans le film c'est la descente du train : Quand Johnny descend du train avec son sac, c'est lui, c'est sa propre personne, qui l'induit. Si vous faite exactement les mêmes plans mais que c'est Gérard Junot qui descend du train, et bien, ce n'est pas un Western. Donc le Western est vraiment induit par la dégaine de ce type là, sa silhouette, son visage cabossé, sa démarche, ses grandes jambes.

France In London

On s'attend presque aux santiags....

Patrice Leconte

Oui, mais il n'était pas question de ça parce qu'alors là, ça aurait été une espèce de cliché. On en n'avait surtout pas besoin.

France In London
Le moment où l'on a encore une fois l'impression de retourner dans le western, c'est lorsque Manesquier est chez le barbier. C'est aussi un instant particulièrement intéressant, parce que vous reprenez un moment très simple de la vie de tous les jours : Quand on veut changer, quand on veut être quelqu'un d'autre, la première chose qu'on fait ...et bien, on change de coupe de cheveux.

Patrice Leconte

Regardez Carole Bouquet...

 
                            

The shooting of the film


France In London

(Rire.) ... Exactement
Qu'avez-vous préfère pendant le tournage ?

Patrice Leconte
Et bien, je me rappelle mieux des moments que j'ai détestés. Comme sur chaque tournage, il y a des scènes que je vois venir au plan de travail et j'en suis déjà malade. Malade, parce que se sont des scènes que j'appréhende au niveau de la mise en scène et de l'exécution. Souvent, ça tient à des bêtises. Mais les moments que j'ai préférés sont vraiment divers. Pour être plus précis, c'est une scène très simple. C'est le moment où Johnny attend ses potes et ils arrivent dans une Mercedes. Ils se congratulent et on présente celui qui ne dit qu'une phrase par jour à 10h du matin. C'est la scène que j'ai préférée tourner et c'est pour des raisons anecdotiques une fois encore puisque la première fois que j'ai tourné cette scène, j'ai vraiment tout merdé. La mise en scène était nulle, c'était vraiment nulle, pas bon du tout ! Je me suis dit que c'était affreux : Le lieu n'allait pas, la disposition ne s'y prêtait pas. Alors j'ai prévenu l'équipe : " Je ne veux même pas regarder les rushes. C'est ma faute. C'est moi qui aie merdé. On cherche un autre lieu ! "
On a réinventé la scène avec une mise en scène différente. Celle qui est dans le film, et j'aime d'autant plus cette scène...que je trouve particulièrement réussie... parce que je l'ai merdée une première fois.

France In London

Ce personnage que vous avez créé de toutes pièces qui ne dit qu'une phrase à 10h du matin, ça vous est venu comment ? Pourquoi l'avoir créé?

Patrice Leconte

Il faudrait demander à Claude Klotz qui est le scénariste du film et qui a le goât pour ces personnages bizarres. Klotz peut être très performant avec l'observation d'une scène quotidienne avec une boulangère qui dit : " Et avec ceci ? Et avec ceci ? " �a c'est la vie de tous les jours !
Et il peut aussi inventer des personnages complètement berzingues, qui ne disent qu'une phrase par jour à 10h du matin. Ca c'est sa tournure d'esprit ! Et moi j'aime tellement ça que je ne lui demande jamais d'où ça lui vient.

 
   
                            

About some of the difficult scenes


France In London
Pour vous les scènes qui ont été les plus difficiles à tourner, ont été lesquelles ?

Patrice Leconte

Il y en a deux. Toutes les scènes de la fin du film. C'est à dire Jean Rochefort à l'hôpital et Johnny Halliday à la banque. Pour des raisons très simples, ce sont des scènes que l'on a déjà vues cent-vingt huit fois rien que le mois dernier. Alors, on se demande comment on peut tourner ça d'une manière différente, avec sincérité, vérité et intérêt, et sans que se soient des images vues et revues quarante fois. Et ça, ça m'angoissait terriblement. J'en étais malade, physiquement malade; d'autant plus que l'on a tourné le film dans la chronologie exacte. Bien sâr, ça c'était à la fin du tournage et, de plus en plus, ça se rapprochait.
Alors, heureusement, ce qui m'a sauvé un peu la mise, c'était le fait que dans le scénario, les scènes de l'hôpital et de la banque étaient entremêlées. Je ne vous apprends rien. Donc ça allait donner une tournure différente, quelque chose un tout petit peut plus intéressant. Voilà, c'est ça qui m'a coâté le plus !
A l'arrivée, je trouve que c'est un moment du film très réussi, je trouve qu'il y a une montée. Enfin, ce n'est pas à moi de dire ça.

France In London

On sent un crescendo, c'est vrai.

Patrice Leconte

Par rapport à ce que j'avais en tête, je peux me dire : " Voilà, ça c'est réussi ! C'est comme ça que je l'avais en tête. "

France In London
Justement en parlant de la banque, Milan est trahi par un de ses copains. Vous n'en parlez pas, vous n'expliquez pas pourquoi il le balance.

Patrice Leconte

Je pense qu'il a des raisons très très simples des raisons presque familiales. Il a prix des aises. Il s'est un peu embourgeoisé, donc pour qu'on lui efface son casier il balance ses copains. C'est un truc comme ça. C'est " petit " de toute façon. Avec cet acteur, on s'est bien amusé. L'acteur, bien évidemment, sait depuis le début du film qu'il va balancer son pote à la fin. Il sait que c'est une planche pourrie. Donc, dans sa manière de jouer, quand on connaît la fin bien évidemment - quand on ne connaît pas la fin je ne sais pas si on s'en doute - mais quand on voit sa manière de jouer, il y a beaucoup de subtilités. Lorsque Johnny Halliday par exemple lui dit : " On ne va pas faire le coup Max. Pas cette fois-ci. " On sent un mec qui dit : " Non! Non ! Pourquoi ? Il faut le faire! " Parce qu'il sait que sinon, il ne va pas pouvoir le balancer aux flics. C'était très intéressant dans son jeu de voir comment il arrive à indiquer avec subtilité qu'il les a balancés.

 

Johny Halliday
JOhny Halliday

 
                            

The stars


France In London

Vous avez deux personnages principaux joués par deux stars comment avez-vous réussi à manager les ego sur le plateau ?

Patrice Leconte

Oh! Très simplement. Mais vraiment très simplement parce que se sont des acteurs qui n'ont pas cet ego surdimensionné qui ferait en sorte que l'un des deux pourrait se dire : " Mais, il me vole la vedette de ce film ! " Ils savaient que c'était un film à deux. Que c'était écrit comme ça et qu'il y en avait un qui était bavard et que l'autre était à la limite de l'autisme. Dans le scénario c'était très équilibre. Ce sont des gens qui n'ont pas du tout à compter les gros plans sur le plateau de tournage et à dire:" Mais pourquoi tu me films plus que lui ? ". Avec des gens de cette qualité jamais la question ne se pose. Ils ont confiance et puis d'abord, ils avaient trop la trouille l'un de l'autre. Ils avaient le trac quoi ! Ils avaient envie que ce soit bien.

   
       
                            

Johnny


France In London

Vous avez dit à un moment que Johnny était un novice mais il n'était pas aussi novice que ça ?

Patrice Leconte

Non, non, il n'était pas si novice que ça mais c'est lui qui s'estimait totalement novice parce qu'on ne lui avait jamais donné véritablement sa chance comme acteur. On ne lui avait jamais fait confiance comme à un acteur. Il avait joué parfois des rôles qui étaient un peu les mêmes. Pour ce film, il se sentait une responsabilité forte, on faisait appel à lui comme acteur et il disait : " Est-ce que Jean Rochefort va être déçu ? Est-ce qu'il va m'aimer ? ", parce que tout Johnny Halliday qu'il est, il a envie qu'on l'aime et il a raison. C'est un type très " aimable " qui a plus de doutes que de certitudes. Il est vraiment attachant !

France In London
Pensez-vous... (L'attachée de presse vient nous rappeler que l'entretien touche a sa fin mais comme promis, Patrice Leconte lui dit d'attendre encore quelques minutes et je reprends donc l'entretien.)...Pensez-vous retourner avec lui, aimeriez-vous le faire ?

Patrice Leconte

Il boit un peu de vin et répond. J'aimerais le faire, oui, ça vraiment ! Je ne peux pas dire qu'on a un projet ensemble. On se l'est dit et on se le dit tout le temps : " Il faudrait quand même qu'on refasse un film ensemble ! " Mais, je ne sais pas quoi et je ne sais pas quand.

France In London

Est-ce que vous penseriez donner à Johnny un rôle totalement différent de celui qu'on lui a donné dans le passé?

Patricie Leconte
Non, Il faut faire attention à un truc. Si l'on veut faire brièvement un distinguo de vocabulaire : Quelle est la différence entre les acteurs et les comédiens ? Et bien, les acteurs, c'est Lino Ventura, ce sont des gens qui sont eux-même et qui jouent avec leur capital de personnalité. Un comédien, c'est Jean Rochefort, parce qu'il peut faire un professeur de philosophie homosexuel à l'université ou un prélat ou le mari de la coiffeuse ; lui c 'est un comédien. Mais Johnny Halliday, lui ne peut faire ni le mari de la coiffeuse, ni un prélat, ni un professeur de philosophie homosexuel; il est un acteur. Il est obligé de jouer avec ce qu'il est vraiment. Du coup on ne peut pas lui confier un personnage qui soit à ce point éloigné de lui-même. Ce serait à la limite du ridicule...Ou alors si c'est pour un film comique; un type qui aurait peur de tout, qui verrait une araignée et qui serait effrayé... Pour faire une comédie à la con, oui, on peut, ça d'accord. Je n'y crois pas trop.
Ce qu'il y a de bien, c'est que dans ce film, il prouve à quel point il est un acteur. Même dans les situations un peu `rigolotes'; quand il donne le cours sur Eugénie Grandet, qu'il essaye des pantoufles et d'autres trucs comme ça, il le joue au premier degré. Il ne fait pas de petits commentaires ironiques en disant : " Je sais que c'est ridicule mais je le joue parce que c 'est drôle. "
Par exemple quand Rochefort lui fait essayer les pantoufles et que Johnny laisse tomber cette simple phrase: " j'ai loupé ma vie. " Il est d'une vérité. Moi, j'étais ému aux larmes.

(L'assistante revient pour nous dire que Johnny m'attend à présent et qu'il faut me dépêcher. Je remercie Patrice Leconte et me dirige vers l'ascenseur qui doit m'emmener voir Johnny.)

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