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Les Français pourraient emprunter un peu de notre pragmatisme
"Les Français pourraient emprunter un peu de notre pragmatisme"
Article from the French Newspaper LE MONDE - 11th November 20005
Vous présidez la Commission pour l'égalité raciale, une institution indépendante qui veille à la non-discrimination entre les races au Royaume-Uni. Que pensez-vous des violences dans les banlieues en France ?

Ce qui se passe nous dit deux choses très importantes. D'abord, cela démasque la fiction selon laquelle il n'y aurait pas de problème racial en Europe. C'est ce qu'on prétendait en Allemagne ou en France, où l'on se refuse à "identifier" ou à "comptabiliser" les minorités ethniques. En outre, une certaine gauche niait la dimension raciale des problèmes, réduits à des conflits de classe ou au seul poids de la pauvreté. Ensuite, cela doit nous inciter à trouver un modèle qui permette à tous les peuples occupant l'espace européen de vivre ensemble, et pas seulement côte à côte. Il faut trouver un point d'équilibre entre les deux modèles extrêmes. D'un côté, la tradition républicaine française qui oblige chaque immigrant à s'assimiler, à oublier son passé, à laisser ses bagages culturels à la frontière, et l'incite à apprendre à parler un beau français, à la manière de Giscard. De l'autre, le système américain, qui a commencé d'infecter la Grande-Bretagne, avec ses ghettos ethniques ou religieux.
La Grande-Bretagne a choisi, dans les années 1960, le multiculturalisme, un modèle de tolérance et de diversité où chaque communauté vit librement sa propre culture. La France peut-elle s'en inspirer ?
En France, intégration veut dire assimilation. Le coeur de l'identité française est contraignant, écrasant. Les Français pourraient emprunter un peu de notre pragmatisme. La tradition britannique laisse aux nouveaux venus un espace et une souplesse pour leur permettre d'adapter leur identité historique au mode de vie du royaume.
Exemple : je suis un Noir Britannique. Aucun doute, je suis Noir. Mais aux Caraïbes, dont vient ma famille, il ne viendrait à l'idée de personne de ne pas me tenir pour britannique : je fais sagement la queue, je marche vite dans la rue (les Antillais marchent lentement), je parle d'une certaine manière. Au fil des vagues d'immigration, la "britannité" a incorporé de nouveaux mots, de nouveaux aliments, de nouveaux vêtements venus d'ailleurs. L'intégration s'est faite à double sens. En France, elle est unilatérale. Faire du port d'un morceau de tissu un problème de loyauté nationale, comme ce fut le cas avec le foulard islamique, est, à mes yeux, ridicule et oppressif.

Vous avez pourtant récemment critiqué à plusieurs reprises l'évolution du multiculturalisme.
Nous avons trop privilégié l'expression de l'identité historique des minorités ethniques aux dépens de leur loyauté envers la Grande-Bretagne d'aujourd'hui. C'est une erreur. La France, elle, a su affirmer une identité nationale que chacun peut, à des degrés divers, revendiquer. C'est une leçon que nous devrions retenir. Je n'aime pas le mot multiculturalisme car il renvoie à des pratiques, hier utiles, mais aujourd'hui dépassées. Je préfère dire que la tradition britannique est la meilleure qui soit.
Vous dites que la Grande-Bretagne marche en somnambule vers la ségrégation.
Nous sommes une société de plus en plus ségréguée. Dans chaque municipalité, nous avons encouragé chaque groupe particulier, chaque minorité à vivre dans son environnement, dans son centre communautaire, au nom du respect de leur différence. En fait, nous avons renforcé leur isolement. C'est ce qui ne va pas dans le multiculturalisme.
Tout cela commence à l'école. Dans les classes, les enfants sont moins mélangés que dans la rue. A Birmingham, dans le quartier où des affrontements ont eu lieu fin octobre entre des Afro-Carribéens et des musulmans asiatiques, il y a six écoles secondaires publiques : trois sont très majoritairement "blanches", trois "non blanches". Depuis quarante ans, les deux communautés vivent côte à côte sans interagir. Cela peut arranger tout le monde en temps normal. Mais dès qu'un conflit surgit, que quelqu'un met de l'huile sur le feu, chacun trouve une excuse pour accuser l'autre des pires méfaits.
Vous appelez à une "révolution de l'intégration"
L'absence d'interaction sociale, de contact authentique, existe dans les villes du nord de l'Angleterre et en milieu rural, mais aussi à l'est de Londres. C'est particulièrement vrai au sein des "cercles d'amitié". Selon une de nos récentes enquêtes, les gens se mélangent sur leur lieu de travail, mais moins dans leur voisinage. 95 % des Britanniques blancs disent que la totalité ou l'immense majorité de leurs amis le sont aussi. Les jeunes des minorités ont de moins en moins d'amis en dehors de leur communauté. Ils semblent donc moins bien s'intégrer que leurs parents. C'est pour cela que je souhaite une "révolution de l'intégration". Nous devons, en Grande-Bretagne, ouvrir un nouveau débat sur cette question et trouver de nouvelles règles.
Comment renforcer l'appartenance commune ?
En soulignant l'importance du partage de quelques grandes valeurs : la démocratie, la liberté d'expression, la participation électorale.
Mais aussi, de manière prosaïque, en restant fidèles à tous les comportements quotidiens qui ont forgé l'identité britannique : la politesse, le respect, une certaine réserve, le fait, par exemple, de ne jamais moquer l'accent d'autrui. La manière dont nous nous traitons mutuellement, dont nous nous parlons est pour moi des choses cruciales qui resserrent le lien social et renforcent la cohésion nationale.
Et vous lecteur? Qu'en pensez vous? N'hesitez pas à en parler dans notre forum
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COMMENTAIRES:
15/02/2011 - jtrellu a dit :
This question has always been with us.
When somebody comes or lives in a country, it is very much more interesting for him to put its culture aside. It is a question of respect of other people.
Thus, everythings comes to him in a very simple and natural manner
Joël .( french man.)I beg your pardon for the spelling mistakes!
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